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Les Français sont nuls en anglais ?

 
 

Les Français sont nuls en anglais  ?  peuvent-ils s’améliorer?

Des difficultés spécifiques pour les francophones

Pour Sophie Herment, enseignante-chercheuse et maître de conférences en phonétique anglaise à l’université Aix-Marseille, c’est justement cette relation complexe entre les langues française et anglaise, à la fois proches et différentes, qui explique certaines difficultés d’apprentissage pour les élèves francophones:

«Le français et l’anglais étant assez proches, l’élève français à tendance appliquer un calque phonétique et linguistique. Si vous apprenez une langue complètement éloignée, il faut tout apprendre depuis zéro. Mais avec une langue qui a le même alphabet, c’est très difficile de ne pas appliquer ce que l’on connaît déjà. On va appliquer le son français sur un mot alors qu’il y a des différences phonétiques importantes.»

S’il y a bien un domaine où les Français ont souvent du mal, c’est effectivement à l’oral. Le fait par exemple qu’il y ait plusieurs manières de dire le même son est particulièrement difficile à intégrer: le Français aura naturellement tendance à prononcer «seat» (siège) et «sit» (s’asseoir) de la même manière, alors que le «i» est long et tendu dans le premier cas et court et relâché dans le second.

La langue française n’ayant qu’une prononciation pour chaque son, le Français prononcera de la même manière «beach» (plage) et «bitch» (salope), ou «sheet» (feuille) et «shit» (merde), ce qui peut entraîner des quiproquos. De la même manière, il y a trois «a» phonétiques différents en anglais («cap», «cup», «card»), alors qu’un enfant français apprend qu’il n’y a qu’une seule manière de dire «a».

http://www.slate.fr/story/68587/francais-nuls-anglais-fatalite

Rythme

Autre difficulté pour l’élève français, l’accentuation et le rythme des mots et des phrases de la langue anglaise. Bénédicte Guillaume, maître de conférences en linguistique anglaise à l’université de Nice-Sophia Antipolis, explique:

«L’une des plus grosses difficultés pour les Français, c’est l’accent. Notre langue a une logique très différente sur ce point, nous articulons toutes les syllabes avec à peu près la même force, tandis qu’en anglais ce n’est pas du tout le cas. Surtout, il faut savoir où placer l’accent de mot. C’est enseigné à l’université dans les filières spécialisées en langues, mais dans les lycées, où l’on n’a que quelques heures de cours par semaine et des niveaux très hétérogènes, on n’a pas suffisamment le temps de rentrer dans ces détails.»

«En anglais, il y a un accent lexical, c’est-à-dire une syllabe plus proéminente que les autres dans un mot, et les syllabes inaccentuées peuvent être réduites, confirme Sophie Herment. En français, cela n’existe pas vraiment, le rythme est complètement différent, et c’est très dur pour les étudiants français. On accentue en général la dernière syllabe.»

La mélodie des phrases est une notion importante qui ne s’apprend pas forcément, mais s’intègre naturellement au contact de la langue. Différentes études scientifiques suggèrent que cette accoutumance passive à une langue commence avant même la naissance, quand le bébé est encore dans l’utérus de sa mère.

L’exposition à la langue

Après la naissance, les opportunités informelles et non académiques d’apprendre une langue dans l’environnement quotidien ont un rôle qui, s’il n’est pas quantifiable, est souligné par tous les spécialistes. La maîtrise de l’anglais par les parents, les voyages à l’étranger à titre individuel, ou encore l’exposition à la langue dans la vie de tous les jours et dans les médias sont des facteurs non-négligeables.

Le ministère de l’Education nationale valide d’ailleurs cette idée selon laquelle l’école ne peut pas tout:

«Les pays qui réussissent le mieux sont les pays où il y a un environnement propice à l’apprentissage de l’anglais, où la place de l’anglais est importante. La compréhension de l’oral est un préalable indispensable pour pouvoir communiquer.»

A Malte et en Estonie, la plupart des élèves interrogés dans la grande enquête de la Commission européenne sur le niveau de langues étrangères, rapportent parler anglais régulièrement à la maison. Dans ces conditions, difficile effectivement de mettre le retard des jeunes français par rapport à ces pays entièrement sur le dos de l’école.

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