L’art de vivre à l’heure anglaise

 « J’ai un attachement profond à Paris. Plusieurs générations de ma famille y sont nées. Tous mes souvenirs y sont heureux. J’aurais dû étudier les langues et enseigner très tôt. Mais après mai 1968, il y avait chez mes parents une défiance à l’égard de la faculté de Nanterre, où je ne suis pas allée. À 18 ans, j’ai été éblouie par un voyage aux États-Unis. L’ouverture au monde m’a motivée. Je bougeais beaucoup. De New York à Boston, à Londres, en Europe, sac à dos. Je suis devenue assistante de direction trilingue. Je suis arrivée à Bordeaux parce que mon mari a été nommé directeur financier de Castel. Pour découvrir la société bordelaise et créer des emplois je me suis d’abord associée afin de créer Bout de chou accueil, un espace parents-enfants à Bordeaux-Caudéran, avant de reprendre mes études à 36 ans. J’ai passé le master II de langue et civilisation des pays anglophones et de français langue étrangère à Bordeaux III. Après avoir eu quatre enfants, je me suis réoccupée de moi. Je revenais beaucoup à Paris au début, et Bordeaux souffrait de la comparaison. Puis les perspectives se sont révélées, la couleur a changé. Une ville est née.

L’école des pubs

Je suis une affective. J’ai fait beaucoup de rencontres qui m’ont permis d’approcher lentement la ville. Après avoir connu nombre d’associations, j’en ai créé une au Bouscat, sous la forme d’une école de langue : LES MOTS POUR LE DIRE est né ! Je donne des cours d’anglais à des groupes d’adultes et d’enfants, des cours particuliers, du soutien scolaire. Je suis également centre de formation professionnelle. Je propose également des cours de français à des étrangers. J’ai eu par exemple de jeunes Australiens, un Népalais qui travaille dans le vin, une japonaise, une colombienne ,…

Afin que mes élèves (les adultes) s’intéressent à la culture américaine et anglaise, j’organise des afterworks. En dehors des cours, une ou deux fois par an, je les fais jouer en anglais à des jeux de société. Le côté plaisir est essentiel !

Le grand nombre de pubs à Bordeaux nous aide beaucoup. Nous y allons régulièrement et pas seulement pour la qualité de la bière ! C’est le prolongement, en anglais, de mes cours. Nous avons nos habitudes au Cambridge Arms rue Rode aux Chartrons. J’adorais, avant qu’il ne ferme, le O’Rowlands, rue de Pessac, tenu par un Irlandais qui faisait la cuisine et la musique. Nous allions y chanter le vendredi soir. J’appréciais beaucoup le Paul’s Place, un petit restaurant tenu par deux frères anglais rue Notre-Dame. Ils organisent des soirées poésie et projettent des films. Et dans la même rue, Lily Blake, une boutique de vêtements. Sans oublier bien sûr la librairie Bradley’s Bookshop, rue des Trois Conils. Dans l’esprit de cet apprentissage plaisir, j’ai le projet qui va aboutir en avril de faire suivre des cours de pâtisserie en anglais.

Un raffinement

Nous avons fait l’expérience de fabriquer des cartes de vœux. Nous allons expérimenter aussi des cours dans l’atelier de couture Popeline rue Fondaudège. Comment monter une jupe en anglais ?

Cette ville, incontestablement, a une allure anglaise. On perçoit ce côté british dans l’élégance vestimentaire, la recherche, le raffinement. C’est vraiment aussi une ville de réseaux, et de réseaux qui continuent de prospérer, comme d’ailleurs les écoles d’anglais qui se sont multipliées ces cinq dernières années.

Quand on veut développer une activité économique il faut en être. C’est une façon de communiquer, d’établir des partenariats et de s’enrichir. J’adhère aux Drôles d’entrepreneures, une association qui ne réunit que des femmes. Nous sommes environ 200. Je suis inscrite à la FBBA (1), qui rassemble tous les anglophones de Bordeaux. Une fois par mois, nous nous retrouvons au café Bellini sur les allées de Tourny pour parler anglais. Je suis également aux Parisiens de Bordeaux, qui regroupent ceux qui ont voulu vivre ici. J’avais été surprise par ce regroupement qui ne tient pas de la nostalgie mais d’un choix de qualité de vie.

Depuis que j’ai partagé mon cœur entre deux villes, je me sens un peu perdue dans le métro. ..Je lie ma passion à une agglomération très ouverte sur le monde où figurent pour moi la musique et le vin. Je travaille avec une équipe de professeurs formidables et je m’épanouis dans l’échange et la transmission. Je me sens chez moi à Bordeaux maintenant ! »

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